Haïti : La dure réalité des enfants de rue


A Port-au-Prince, des enfants naissent, grandissent et deviennent adultes dans les rues, sans avoir jamais connu un foyer. Réalité macabre dans un pays catalogué depuis près d’un siècle comme étant le plus pauvre du continent américain. Haïti fait face de façon récurrente depuis des dizaines d’années à une crise caractérisée par l’instabilité politique, la chute de la production et la dégradation sociale. La vulnérabilité des plus faibles s’est accrue.

Les explications sont multiples quant aux raisons fondamentales qui poussent des enfants à élire domicile dans la rue, où ils demeurent frustrés et désespérés. Ils sont souvent délaissés par des parents qui ne peuvent assumer leurs responsabilités les plus immédiates, entre autres : l’alimentation, l’habillement, l’écolage, le logement, les soins médicaux, etc. Venant des milieux défavorisés du pays, ces enfants n’osent envisager la possibilité d’un avenir meilleur, d’autant qu’ils ne peuvent rien espérer des décideurs.

Une journée dans la vie d’un enfant de rue à Port-au-Prince

Mackenley JOSEPH, un garçon de 5 ans, est orphelin de père, raconte-t-il, sans pouvoir donner des informations crédibles à propos de sa mère. Il se lève de très tôt le matin, mais pas pour aller à l’école. Il doit être à l’aube sur le trottoir, au moment où les premiers commerçants, travailleurs, écoliers et passants commencent à gagner les rues. C’est là qu’il subsiste jour après jour, mendiant devant les supermarchés, saisissant toutes occasions susceptibles de lui faire gagner quelques sous ou des restes de nourriture. Selon les statistiques officielles, ils sont près de 3000 enfants qui survivent dans les rues de la capitale, subissant toutes sortes de discriminations et d’humiliations. Certains ont dû laisser leurs foyers dès leur plus jeune âge, en raison, entre autres, de la pauvreté extrême, de la maltraitance ou encore à cause de la mort d’un parent. Manger, se vêtir, dormir dans un endroit sûr, sont autant de nouveaux défis auxquels ils font face suscitant, de leur part, de nouveaux comportements. A part mendier, pour satisfaire leurs besoins, on les retrouve souvent à essuyer les véhicules, à fouiller dans les poubelles et même à voler… Dans leur malheur, ils se solidarisent et créent leurs propres identité et système de valeurs, qui s’accommodent avec la violence, la dépravation, la consommation abusive d’alcool et d’autres produits à base de drogues.

C’est la mi-journée. Le Champ de Mars, en plein cœur de la capitale haïtienne, grouille de ses multiples activités informelles. Des passants vont et viennent dans la cacophonie créée par la musique issue de chaque petit restaurant de la place. Désespéré et sombre, Mackenley JOSEPH peint très timidement et avec beaucoup de difficultés, le tableau de son quotidien. Il se fait accompagner de son ami et protecteur Paul STEEVEN qui, lui, a laissé le domicile de ses parents, pour fuir, dit-il, les mauvais traitements infligés par sa belle-mère. Paul STEEVEN précise que, pour manger, parfois il est obligé de jouer à l’agent de la voierie, en débarrassant les restaurants informels de leurs ordures.

A l’issue de la journée, l’un et l’autre chercheront un coin de trottoir où s’étendre ou quelque corridor pour passer la nuit, vulnérables à tous risques et dangers.


AlterPresse

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